Vodun :   Culte et culture

 

Taxé de pratiques rétrogrades vouées à la destruction, le Vodun né au sud des États du Golfe du Bénin lors de la création puis de l’expansion du royaume d’Abomey aux XVIIe et XVIIIe siècles résiste à l’usure du temps, jaloux de ses secrets.

De nombreux écrits et travaux de recherche permettent de schématiser la croyance Vodun en un ensemble de dieux ou forces invisibles dont l’Homme essaie de se concilier la puissance ou la bienveillance. Dans cette conception religieuse, l’être suprême occuperait le sommet du panthéon. Situé dans le lointain inaccessible, il ne s’approcherait des humains que pour leur insuffler l’âme, le souffle. Viendraient ensuite les grands dieux, assistants et ministres créés pour gouverner le monde et à qui les humains sont invités à adresser prières et offrandes : dieu de la divination, dieu du tonnerre, dieu du fer, dieu de la terre, etc. Au troisième niveau figureraient les intermédiaires entre les humains et les divinités : les devins qui consultent les dieux et indiquent les sacrifices à faire pour se les concilier ; les praticiens de la magie blanche qui, par don ou par révélation, pactisent avec les divinités ou les esprits pour prodiguer des armures mystiques de protection ; et enfin les détenteurs de magie noire, considérés comme diaboliques et foncièrement méchants car, dit-on, ils manipuleraient le poison et capteraient les esprits. La populace des êtres éphémères en perpétuelle quête du véritable sens de leur condition, constituerait la base de cette religion pyramidale.

Au-delà des préjugés et autres idées reçues

Le Vodun représente une culture, un héritage, une philosophie, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites. Il est tolérant et cumulatif à souhait comme l’auraient signifié en ces termes au Pape Jean-Paul II de vénérée mémoire, les dignitaires béninois des cultes traditionnels lors d’une rencontre à Cotonou : « vos partisans sont nos plus fidèles clients ».  Il est vrai que depuis les années 1950, le Vatican a fait la paix avec le Vodun en admettant l’intégration des percussions et mélodies empruntées  aux cultes traditionnels dans ses cérémonies religieuses. Mieux, à Ouidah, ville hautement encrée dans la pratique des religions endogènes, faut-il le rappeler, la basilique et le temple du python ne sont distants  que d’une rue !

Avec les déportations de populations noires, la culture Vodun s’est étendue à quelques pays d’Amérique comme le Brésil, les USA, le Mexique et aux îles des Caraïbes, notamment Haïti. Mais le Vodun pratiqué en dehors du continent noir reste souvent des variantes et des restes de la religion d’origine. Manifestement, les esclaves privés de leurs langues, cultes et religions n’ont réussi à conserver qu’une infime partie de leurs connaissances ancestrales au fil des siècles de souffrances. A l’image des langues créoles parlées par les descendants d’esclaves à travers le monde, le Vodun des « nouveaux mondes » est un mélange de cultes d’origine africaine et ceux des pays de chute. En réponse aux actes de cruauté de leurs maîtres, ces esclaves ont dû présenter le Vodun comme une arme de vengeance. Cette stratégie de terreur par la religion transmise de génération en génération a inspiré bon nombre de créateurs d’œuvres de l’esprit qui ont diffusé à grande échelle l’image négative et guerrière du Vodun.

Un culte jaloux de ses secrets

S’il est une chose qui ne fait guère l’objet d’un secret au sujet du Vodun, c’est précisément son culte du secret. Dans sa volonté de conforter la connaissance, le pouvoir et la peur, la religion Vodun cache plus qu’elle ne révèle. A l’aspect visible connu du public, se greffe l’aspect invisible caché, accessible aux seuls initiés. Ici, l’univers est comparable à une calebasse dont le ciel et la terre représentent les moitiés. Dans ce système fermé, il n’y a pas d’en haut et d’en bas, aucun barrage entre la vie et la mort, entre humain et inhumain.

On ne croit donc ni au paradis ni à l’enfer. L’Homme est jugé sur terre de ses actes par les dieux et doit payer sur terre toutes ses dettes. Les dieux peuvent être joyeux, généreux, mais aussi coléreux. Ils n’aident pas seulement, mais punissent aussi si on abuse des règles religieuses ou morales. La mort et les maladies ne sont donc pas des évènements hasardeux, mais plutôt des signes d’une vengeance des dieux.  Mais cette colère n’est pas incontournable ; elle peut être détournée par des rituels pour accéder au bonheur, éviter le mal, calmer les morts ou recevoir des bénédictions pour un bien être durable.

De réputation, le Vodun inquiète et fascine à la fois si l’on songe à l’extrême contrainte de la réclusion initiatique, aux sacrifices sanglants, à la transe, à la pharmacopée, au poison ou aux envoûtements. Malgré la modernité, le culte Vodun occupe encore une place importante dans le monde où il compterait environ 50 millions de pratiquants.

 

René Georges BADA (Afiavimag)

 

 

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